Vous aider à comprendre et à choisir !

Éducateur canin ou Comportementaliste ?

Il ne faut pas mélanger les genres et surtout pas les activités.

Je ne suis pas éducateur canin, je suis comportementaliste (relatiologue©) canin.  Les deux approches sont différentes, soyez bien attentifs...

Pourquoi l’éducation canine ?
L’éducation canine, manière dite plus acceptable de parler de dressage, a une approche purement éducative basée sur l’apprentissage. Entre parenthèse, l’homme c’est encore autorisé à usurper une fonction qui ne peut lui être dévolu, car éduquer un chien c’est lui apprendre à être chien ! Vous comprendrez aisément pourquoi il me paraitrait moins prétentieux et surtout plus compréhensible de garder le terme de « dressage ». Mais cet abus de langage n’est pas le fait du hasard, car en laissant croire au maître qu’il s’agit d’éducation on met de coté l’aspect mécanique qui est le fondement du dressage.

L’objectif premier de l’éducation canine est donc d’apprendre au chien les comportements qu’il devra adopter aux ordres de son maître

On est donc loin de l’apprentissage à être chien et c’est bien logique. 

La majeure partie des éducateurs canins et des clubs d’éducation se basent sur des processus « stimuli - réponse- renforcement ». Une stimulation du maître sur le chien provoque une réponse du chien et une récompense par le maître dans le cas de réussite. Nous sommes dans un schéma simple, mécanique ou les astuces et théories tournent autour du type de stimuli ou de récompenses.
Je ne rentrerais pas le détail des multiples méthodes avancées par les éducateurs canins qui ont tous les meilleures raisons du monde d’utiliser telle ou telle pratique, donnant toutes les meilleurs résultats. C’est normal et je ne suis pas là pour en juger !

L’éducation canine (dressage) est une vraie profession, tout à fait respectable et dont les bénéfices sont réels sur certains chiens et ceci dans un certain cadre. Ce n’est pas pour rien que pour dresser un chien d’aveugle on prend toutes les précautions pour que pendant ses 18 premiers mois toutes les conditions permettant son éducation soient réunies (famille d’accueil sélectionnée, évaluations fréquentes des compétences et comportements du chiot etc). S’il suffisait de prendre n’importe quel chien pour en faire un chien capable de tant d’obéissance, ces chiens ne couteraient pas aussi cher. D’ailleurs ces chiens font non seulement preuve d’obéissance mais aussi d’autonomie et de capacité de décisions en fonction des circonstances.
Si des chiens équilibrés sont capables de prendre des « responsabilités » au sens du choix entre plusieurs solutions, c’est qu’ils ont une capacité cognitive d’apprentissage (intelligence et élaboration de réponses en fonction de la situation) et pas simplement conditionnée (un signal égal une réponse).

Je dirais que tout chien équilibré, bien dans sa tête et dans son corps peut suivre des cours d’éducation canine et en faire tirer profit à son maître. Mais attention, il faudrait avant tout s’assurer qu’à la fois le maître et le chien sont en mesure d’entreprendre cette action.



Pourquoi l’éducation canine peut être inadaptée ?
Parce que lorsqu’un enfant ne veut plus travailler à l’école et que les parents ne peuvent plus le comprendre et l’aider, on ne le conduit pas dans un centre d’apprentissage ou on lui apprendrait simplement à s’assoir devant son bureau et à écrire. Je m’excuse de ce rapprochement quelque peu anthropomorphique mais ceci pour illustrer que tous les problèmes comportementaux ne conduisent pas uniquement et en premier lieu à un règlement par la seule mise en place d’une relation à « l’ordre » et son « exécution ». Pourquoi existe t-il alors des assistantes sociales, des psychologues, des thérapeutes ?

Chez le chien, de nombreux comportements gênants sont amplifiés par l’éducation canine. Certains soit disant professionnels, envoient leurs clients faire de l’éducation canine et du mordant pour des troubles d’hyperactivité en invoquant le fait que cela défoulera le chien.
De même certaines phobies canines sont traitées par immersion en club canin afin de rendre l’animal sociable et ainsi lui faire perdre « ses mauvaises habitudes d’avoir peur pour rien ». 
Ou encore, des maîtres en proie à un chien suspect d’hyper attachement sont envoyés en club canin afin d’apprendre au chien à savoir obéir pour pouvoir rester seul sans faire de dégâts, « assis pas bougé, je reviens dans quatre heures ».

Je pourrais multiplier ainsi les exemples d’erreurs manifestes d’orientation des maîtres, pour ne pas dire aberrations, face à des problèmes de comportement.
Ca n’aurait pas de conséquences s’il s’agissait simplement de mauvais choix d’outil. Le plus grave et qui est rarement évoqué, sont les conséquences sur le chien. Étonnant qu’on ne pose jamais la question des accidents mettant en cause des chiens dit "éduqués". Il y a parfois des situations ou le remède peut être pire que le mal et même avec les meilleurs sentiments du monde. Un professionnel doit faire preuve d'une  réelle prise en compte des risques qu'il fait prendre à son client.


Le chien, animal social, s’adapte sans problème à l’homme et à ses décisions, il n’a pas vraiment le choix d’ailleurs. Hors, comme nous, le chien, fabrique des névroses et masquer leurs expressions par de l’obéissance n’a qu’un effet placébo, un couvercle sur une casserole qui boue. 
Vous pourrez avoir une bombe en puissance qui obéira au doigt et à l’œil.  Prenons l’exemple d’un chien qui n’aurait pas eu suffisamment de stimulations sensorielles en tant que chiot et que le bruit des mobylettes ou des vélos qui passent effraie. Les ordres du maître ne feront rien quant à la phobie construite par le chien, par contre le maître obtiendra peut-être par le dressage que dans l’instant le chien reste sage au pied sans bouger. Mais à moins d’attacher son chien à sa cheville ou d’être en contact et pouvoir le maitriser à chaque instant, un jour ou l’autre sa phobie s’exprimera à l’encontre du déclencheur ou pire encore d'un dérivatif. Alors on pleurera pour le gamin qui passait en vélo. On pourra toujours euthanasier le chien, réparer le vélo mais jamais refermer le traumatisme que vivra la victime.

J’affirme que l’éducation canine peut être intéressante voir nécessaire dans un type de relation entre le chien et son maître mais elle ne peut être préconisée et mise en œuvre qu’à la seule condition d’avoir pu définir clairement les raisons pour lesquelles le maître y vient et surtout quel est le cadre comportemental de l’animal.
Dans cadre comportemental il faut entendre approche systémique de la relation homme - chien. L’environnement, la famille, les objectifs, les contraintes, l’histoire du chien, etc ne peuvent être approchés qu’à travers un entretien approfondi ou se mêle psychologie humaine, connaissance systémique et éthologie. Hors ceci ne figure pas dans le cursus de formation conduisant à l’obtention des certificats d’éducation canine.

A chacun son métier, le mélange des genres n’a jamais conduit à des résultats professionnels. Un éducateur canin n’est pas comportementaliste, l’inverse non plus ou quant il l’affiche, il doit être en mesure de justifier de ses compétences en matière de psychologie humaine, d’éthologie, et de conduite d’entretien. Plusieurs années de psychologie humaine associées à l’éthologie canine et aux techniques d’entretien, sont un minimum pour aborder les problématiques dans l’ensemble qui les constitue.

L’association des deux spécialités peut être très intéressante à travers un partenariat entre professionnels spécialisés et dont les compétences reconnues, alors mises en commun, deviennent un atout important à la résolution des problèmes de comportement.
En tant que comportementaliste, je n’aurais aucun problème à envoyé un maître chez un éducateur canin sérieux s’il m’apparaît que cela peut apporter une aide à la résolution du problème. De même, la relation avec les vétérinaires est essentielle, il s’agit d’être dans une logique gagnant-gagnant ou le maître et son chien sont au centre de l’enjeu et ou chacun peut offrir ses véritables compétences à la résolution du problème. Il ne peut y avoir concurrence avec les vétérinaires, ces derniers sont détenteurs d’un doctorat et sont les seuls reconnus et qualifiés à diagnostiquer les pathologies animales. Pourtant nombre d’entre eux reconnaissent volontiers leur méconnaissance et leur manque de temps pour traiter ce qui a trait aux causes systémiques des comportements.

Chers lecteurs et maîtres de chien il vous appartient de faire la part des choses et de mesurer par vous-même l’importance que revêt le choix dont vous disposez. Remettez-vous en à votre bon sens naturel qui vous conduit chez le boucher pour acheter votre viande et chez votre boulanger pour acheter votre pain. C’est le gage le plus sûr de faire un bon repas ! 

Comportementaliste Relatiologue© et Éducateurs canins n’ont pas vocation à apporter les mêmes réponses face à une situation et ceci et d’autant plus vrais que chaque situation est différente et met en jeu des schémas complexes.

Si « l’homme qui murmure à l‘oreille des chevaux » existe, alors le comportementaliste relatiologue peut être "l’homme qui écoute le murmure des maîtres ».
N’oublions jamais que si « les chats ne font pas des chiens », c’est l’homme qui fait ce qu’est le chien. Alors avant de vouloir dompter la bête, il est essentiel pour être efficace et prévenir du mieux possible les risques éventuels, de chercher l’origine des comportements dans la relation qui nous lie de façon toujours plus complexe à notre chien. Si le chien vit l’instant présent, il le vit avec son passé et la construction psychologique qui en découle.

Aujourd’hui malgré les anxiolytiques, les offres de loisirs, les multiples modes de communication, les gens continuent à acheter des chiens, des chats, des hamsters, et ceci de façon toujours plus croissante. Pouvez vous accepter l’idée que les chiens sont un substitut à des manques souvent immatériels ? Si oui, vous n’aurez alors aucun mal à accepter le principe relationnel que nous avons avec eux: une relation qui les façonne à notre image .
Alors si vous les aimez, la moindre des choses est de les aidez à rester des chiens même s'il nous ressemble un peu. N'en faisons pas trop dans notre démonstration de toute puissance par le dressage à moins de vouloir  toujours plus prouver que nous sommes des êtres supérieurs par notre seule force.

Copyright E.Bonnefoi/2009